P009 → être(s) à l’écoute
Visiblement, voir semble être moins sensible que le fait d'entendre et pourtant le visible semble toujours primer sur les autres sens. Au-delà de l’aspect sensoriel, l'écoute est plurielle, qu'elle soit amicale ou environnementale, de proximité ou lointaine, elle évoque autant notre manière de cerner l'environnement qui nous entoure que notre capacité d'empathie ou d’observation. Nombre sont les choses qu’on ne peut entendre et qui dépassent littéralement le spectre de l’audible. Une opportunité pour prendre du recul sur nos manières de percevoir au travers du fait de prêter l’oreille. « L’écoute est peut-être l’activité la plus discrète qui soit. C’est à peine une activité : une passivité, dit-on, une manière d’être affecté qui semble vouée à passer inaperçue. Quelqu’un qui écoute, ça ne s’entend pas. » nous dit Peter Svendy. En questionnant nos façons de focaliser notre attention par l’écoute ou de s'en désemparer, faudrait-il alors améliorer notre posture d'écoute comme le propose si bien le développement personnel ? De manière parallèle, de quoi l’écoute est-elle le nom quand il s’agit d’élargir le spectre ou d’utiliser des outils et des méthodes qui augmenteraient cette expérience ? Observer par l’écoute serait-il peut-être tenté de comprendre au-delà de ce que l’on connait comme l’aura proposé Pauline Oliveros avec ses Deep Listenings ? Qu’est-on alors en mesure d’entendre en dehors de ce qui nous concerne ? Y a t-il par là des biais indirectes, des postures d’attention à d’autres ontologies qui nous permettraient de faire place à d’autres voies(x) ?
Comme champs de réflexion sur la proximité sociale ou spatiale des événements qui surviennent, "être(s) à l'écoute" est un sujet-plateforme sur l'écoute située. Plus largement, cette réflexion est une proposition à prendre le temps d'expérimenter des processus qui infléchissent sur nos modes d'observation, ce qui dans notre quotidien ne semble pas toujours possible.
Être(s) à l’écoute prend place au travers d’un laboratoire artistique conduit chaque année par le collectif des ateliers du vent : “Vivier”. Né d’une envie collective de créer un temps de résidence artistique "vivant et vivifiant", il confronte pour une dizaine d’artistes des moments de recherche collective à la pratique artistique individuelle. Cette proposition a évolué progressivement d’un moment de partage des pratiques vers la conduite d’une problématique de création de fond soulevée par un ou deux artistes. Une occasion de renouveler les approches par de nouvelles entrées où il devient possible d’expérimenter de nouveaux processus de création qui vacillent entre incertitudes et potentialités.
En 2024, la coordination de ce temps de recherche m’est confié en collaboration avec Vincent Raude.